La phobie Sociale et les tremblements essentiels
La phobie sociale, ou trouble d’anxiété sociale, se caractérise par une peur intense et persistante des situations sociales ou des performances où l’individu peut être observé, jugé ou critiqué. Cette condition peut être particulièrement exacerbée chez les personnes atteintes de tremblement essentiel.
Tremblement Essentiel (TE) :
Le tremblement essentiel est un trouble neurologique qui cause des tremblements involontaires, souvent des mains, mais aussi de la tête, de la voix et d’autres parties du corps. Ces tremblements peuvent être plus prononcés lors de mouvements volontaires et peuvent affecter la qualité de vie des individus.
**Interaction entre Phobie Sociale et Tremblement Essentiel**
1. Impact psychologique :
Les personnes atteintes de TE peuvent développer une phobie sociale en raison de la peur d’être observées ou jugées négativement à cause de leurs tremblements. Cette anxiété peut rendre les interactions sociales et les performances en public extrêmement stressantes.
2. Évitement des situations Sociales :
Les individus peuvent éviter les situations où leurs tremblements pourraient être remarqués, ce qui peut mener à l’isolement social, affectant leurs relations personnelles et professionnelles.
3. Auto-perception négative :
La conscience constante de leurs tremblements peut entraîner une diminution de l’estime de soi et une peur accrue des critiques, aggravant ainsi les symptômes de la phobie sociale.
4. Cercle vicieux :
L’anxiété sociale peut exacerber les tremblements, créant un cercle vicieux où l’augmentation des tremblements accroît l’anxiété, et vice versa.
**Gestion et Traitement**
1. Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) :
La TCC est efficace pour traiter la phobie sociale en aidant les individus à modifier leurs pensées et comportements négatifs liés aux situations sociales.
2. Thérapie médicamenteuse :
Des médicaments comme les bêta-bloquants ou les anxiolytiques peuvent aider à gérer les symptômes de l’anxiété sociale et des tremblements.
3. Groupes de soutien:
Participer à des groupes de soutien pour les personnes atteintes de TE peut fournir un espace sécurisé pour partager des expériences et des stratégies de gestion.
4. Techniques de relaxation :
Des techniques comme la méditation, la respiration profonde et le yoga peuvent aider à réduire l’anxiété générale et les tremblements.
En résumé, la phobie sociale et le tremblement essentiel peuvent s’entrelacer de manière complexe, aggravant les symptômes de chaque condition. Cependant, avec des stratégies de gestion appropriées, les individus peuvent améliorer leur qualité de vie et réduire l’impact de ces troubles sur leur quotidien.
Sources :
1. Mayo Clinic – Informations générales et détaillées sur le tremblement essentiel.
2. National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS) – Ressources sur les troubles neurologiques, y compris le tremblement essentiel.
3.American Psychiatric Association – Informations sur la phobie sociale et les traitements disponibles.
4. National Institute of Mental Health (NIMH) – Ressources sur les troubles d’anxiété sociale et leurs traitements.
5. International Essential Tremor Foundation (IETF)- Informations spécifiques sur le tremblement essentiel et ses impacts.
6. PubMed – Articles de recherche sur l’interaction entre le tremblement essentiel et la phobie sociale.
Voici un article sur notre association, paru dans la revue le Chaînon, afin de faire connaître le tremblement essentiel, ainsi que les buts que nous poursuivons tous les jours.
Merci à la LUSS de nous avoir permis ce temps de parole et à notre équipe Tremblement Essentiel Belgique.


Quand le corps tremble, il parle : vivre avec le tremblement essentiel
Marie Willocq, psychologue et orthopédagogue clinicienne – Réseau Partenaire 107, Beloeil
« J’ai une maladie qui s’appelle le tremblement essentiel »
Cette phrase, prononcée par la chanteuse Clara Luciani dans une interview en 2019, met en lumière une réalité encore trop peu connue. Le tremblement essentiel est une affection neurologique qui provoque des mouvements involontaires, souvent au niveau des mains, de la tête ou de la voix. Contrairement à ce que l’on croit, ce n’est pas une pathologie rare, et pourtant, elle reste souvent incomprise.
L’annonce du diagnostic : un séisme intérieur
L’annonce du diagnostic n’est pas un moment anodin. Elle peut provoquer un véritable choc émotionnel. Les réactions varient, mais beaucoup passent par des étapes bien connues : déni, révolte, tristesse, négociation, puis acceptation.
Mais avant cela, des sentiments puissants peuvent s’installer :
– La honte : celle d’avoir un corps qui ne répond plus aux attentes.
– La culpabilité : « Suis-je responsable ? Est-ce que je gêne les autres ? »
– La peur du regard des autres : cette image sociale à laquelle on tente de se conformer, et qui peut voler en éclats.
Il est fondamental de reconnaître et accueillir ces émotions sans jugement. Elles sont normales. Et elles peuvent devenir un point de départ vers un nouvel équilibre.
Comment avancer avec le tremblement essentiel ?
Il n’existe pas de solution miracle. Mais il existe des chemins d’apaisement, des manières d’apprivoiser le tremblement :
– Créer des relations de confiance
– S’informer, comprendre la maladie (psychoéducation)
– Demander de l’aide
– Accepter cette aide
– Maintenir un rythme de vie stable
– Continuer à nourrir ses passions
– Devenir pair-aidant
L’anxiété sociale : un cercle vicieux à briser
Le trouble d’anxiété sociale est fréquent chez les personnes atteintes de tremblement essentiel. Il se manifeste par une peur intense des situations d’interaction ou de performance. Très souvent, on cherche à éviter ces situations, ce qui soulage à court terme… mais aggrave l’angoisse sur le long terme.
On apprend que « l’évitement diminue l’angoisse »… mais on renforce sans le vouloir ce qu’on redoute.
C’est un cercle vicieux. Pour le briser, il faut revenir dans l’action, petit à petit, avec douceur.
Et si le corps tremblait… pour nous parler ?
Trembler, ce n’est pas seulement pathologique. Nous tremblons tous parfois :
– Quand on a froid mais qu’on n’ose pas demander de fermer la fenêtre.
– Quand on est stressé avant une prise de parole.
– Quand on est ému, amoureux, ou triste.
– Quand une émotion qu’on a contenue longtemps finit par s’exprimer… par un tremblement.
Et si on écoutait ce que notre corps essaie de dire ? Le tremblement peut devenir un langage, une porte vers un autre rapport à soi.
La prescription paradoxale : et si on s’autorisait à trembler ?
C’est un exercice simple, et puissant. Il consiste à se prescrire volontairement le tremblement. Par exemple :
Tremblez autant que possible, de toutes vos forces, pendant 2 minutes, chrono !
Cela permet de reprendre un pouvoir symbolique sur quelque chose qu’on subit. Cela peut même faire sourire, libérer, émouvoir.
Des exercices pour se reconnecter à soi
Voici quelques propositions d’exploration corporelle, utilisées en atelier ou en séance :
✏️ Exercice de dessin tremblé
Prenez une feuille et un crayon. Dessinez… en tremblant le plus possible !
Ici, il ne s’agit pas de faire « joli ». Laissez le corps s’exprimer.
✏️ Dessin rapide et intuitif
Dessinez le plus vite possible, sans réfléchir, sans chercher à faire quelque chose de beau.
L’objectif : se libérer du contrôle et de l’attente de performance.
🎶 Dessin dans le vide, les yeux fermés
Fermez les yeux. Laissez-vous porter par la musique. Dessinez dans l’air, dans l’espace.
Qu’avez-vous ressenti ? L’absence de jugement a-t-elle ouvert quelque chose en vous ?
Un vieux mantra à méditer…
À lire, relire, murmurer, s’approprier :
Je choisis d’écouter mon corps avec patience et respect.
Je me donne le droit de ralentir et de respirer.
Mon corps mérite ma bienveillance, même lorsqu’il tremble.
Je m’ouvre à la paix, même au milieu du mouvement.
Je fais la paix avec ce que je ne contrôle pas.
Mon souffle est un refuge accessible à tout moment.
Je remercie mon corps pour tout ce qu’il me permet encore de vivre.
Je suis présent·e à moi-même avec douceur et gratitude.
Je m’autorise à ressentir sans me juger.
La boîte à outils corporelle
Voici quelques outils concrets à expérimenter seul·e ou accompagné·e :
– Scan corporel en pleine conscience
– Mouvements fluides, type danse lente
– Exercice des mains miroir (avec un binôme ou seul·e devant un miroir)
– Travail de l’équilibre, debout ou assis (avec coussin, balle, foulard…)
– Exercices tactiles : toucher différentes textures, températures, matières
– Création artistique libre, sans attente
Pour aller plus loin : lectures inspirantes
– Vivre les émotions avec son corps – Razanamahay & Schaller
– Le langage émotionnel du corps – Fiametti
– Le corps n’oublie rien – Bessel van der Kolk
– Art-thérapie – Hamel & Labrèche
Le mot de la fin
Vivre avec le tremblement essentiel, c’est apprendre à faire de la place pour le corps, pour les émotions, pour les tremblements eux-mêmes.
Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas un chemin solitaire.
Il y a des ressources. Il y a des outils. Il y a une communauté.
Tremblons ensemble, en toute humanité.
Par Marie Willocq (psychologue clinicienne) et Véronique pour Tremblement Essentiel-Belgique.